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Agrément d'un sous-traitant et paiement direct : mode d'emploi

Auteur
Erwan Sellier
Date
14.9.26

La sous-traitance permet au titulaire d'un marché public de confier une partie de son exécution à une entreprise tierce. Ce mécanisme, très encadré par le Code de la commande publique, repose sur deux piliers : l'agrément du sous-traitant par l'acheteur public et le droit au paiement direct dont bénéficie le sous-traitant agréé. Mal maîtrisées, ces formalités exposent le titulaire à des sanctions et privent le sous-traitant de protections essentielles.

L'agrément du sous-traitant : une étape obligatoire

Ce que l'acheteur public doit valider

Avant tout commencement d'exécution des prestations sous-traitées, le titulaire doit obtenir de l'acheteur public l'agrément du sous-traitant. Cet agrément porte sur deux éléments cumulatifs : les capacités techniques et financières du sous-traitant à réaliser les prestations envisagées, et les conditions de paiement qui lui seront appliquées.

La procédure de déclaration

La demande d'agrément peut être présentée dès le dépôt de l'offre, si le sous-traitant est déjà identifié, ou en cours d'exécution du marché public, dès lors qu'un sous-traitant est désigné ultérieurement. La déclaration doit comporter :

  • La nature des prestations objet de la sous-traitance
  • Le montant prévisionnel des sommes à verser au sous-traitant
  • Les conditions de paiement prévues au contrat de sous-traitance
  • Les capacités professionnelles, techniques et financières du sous-traitant

Cette déclaration permet à l'acheteur public d'apprécier, avant tout commencement des prestations sous-traitées, la solidité du sous-traitant pressenti et les conditions financières qui lui seront appliquées.

Les risques du défaut d'agrément

Recourir à un sous-traitant non déclaré, ou avant l'obtention de l'agrément, constitue un manquement grave susceptible de justifier la résiliation du marché aux torts exclusifs du titulaire. Le sous-traitant non agréé, de son côté, ne bénéficie d'aucune protection légale : il ne peut ni réclamer le paiement direct, ni se prévaloir des garanties propres au régime de la sous-traitance publique.

Le paiement direct : la contrepartie de l'agrément

Un droit d'ordre public

Le sous-traitant agréé, dès lors que le montant de son contrat de sous-traitance dépasse le seuil légal, bénéficie d'un droit au paiement direct par l'acheteur public. Ce droit ne peut être écarté par aucune clause contractuelle contraire : il s'impose au titulaire comme à l'acheteur.

La mise en œuvre pratique

  • Le sous-traitant adresse sa demande de paiement simultanément au titulaire et à l'acheteur public
  • Le titulaire dispose d'un délai de 15 jours pour accepter ou refuser cette demande, en motivant son refus le cas échéant
  • À défaut de réponse dans ce délai, l'acheteur public doit procéder au règlement direct des sommes dues au sous-traitant

Ce délai de quinze jours constitue un point de vigilance essentiel pour le titulaire, qui doit motiver tout refus de façon explicite, sous peine de voir l'acheteur public procéder directement au règlement du sous-traitant à son expiration.

Le risque de double paiement pour l'acheteur public

Si l'acheteur public règle par erreur au titulaire une somme qui aurait dû être versée directement au sous-traitant, il ne s'en trouve pas libéré pour autant. Le principe selon lequel « qui paie mal, paie deux fois » l'oblige, sauf circonstances particulières, à régler à nouveau la somme au sous-traitant agréé.

Les limites de la sous-traitance

  • Interdiction de la sous-traitance totale : le titulaire doit exécuter personnellement une part substantielle du marché
  • Encadrement de la sous-traitance en cascade, chaque niveau de sous-traitance devant respecter les mêmes formalités d'agrément et de déclaration
  • Vérification des capacités déclarées du sous-traitant, l'acheteur public pouvant refuser l'agrément en cas d'insuffisance manifeste

Ces limites visent à garantir que le titulaire conserve la maîtrise effective de l'exécution du marché et ne se transforme pas en simple intermédiaire entre l'acheteur public et ses sous-traitants.

Les obligations du titulaire envers son sous-traitant

Indépendamment du paiement direct par l'acheteur public, le titulaire reste tenu envers son sous-traitant par plusieurs obligations :

  • Respecter un délai de paiement de 30 jours maximum à compter de la réception de la demande, y compris lorsque l'acheteur public n'a pas encore réglé le titulaire
  • Transmettre sans délai les demandes de paiement du sous-traitant à l'acheteur public
  • S'abstenir d'imposer des clauses de paiement abusives, notamment celles subordonnant le règlement du sous-traitant au paiement préalable du titulaire par l'acheteur

Ces obligations, distinctes de celles pesant sur l'acheteur public, engagent la responsabilité contractuelle du titulaire envers son sous-traitant, indépendamment du sort réservé à la demande de paiement direct.

Que faire en cas de non-paiement ?

Le sous-traitant agréé et impayé dispose de plusieurs voies : l'action directe contre l'acheteur public, sans avoir à poursuivre au préalable le titulaire, ou le recours contre le titulaire lui-même sur le fondement de sa responsabilité contractuelle. Ces actions peuvent, selon les cas, être complétées par la mise en œuvre d'une caution ou d'une retenue de garantie prévue au contrat.

L'accompagnement du Cabinet Sellier

Les formalités d'agrément et les mécanismes du paiement direct sont des points de vigilance majeurs pour les titulaires, les sous-traitants et les acheteurs publics. Le Cabinet Sellier conseille chacune de ces parties dans la sécurisation de leurs relations contractuelles et intervient en cas de litige lié au défaut d'agrément ou au non-paiement, en conseil comme devant le tribunal administratif.

Vous rencontrez une difficulté liée à la sous-traitance d'un marché public ? Contactez le cabinet pour un accompagnement adapté à votre situation.

Erwan Sellier
Avocat associé expert en droit public
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