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Indemnisation du préjudice subi après une fermeture administrative illégale

Auteur
Erwan Sellier
Date
10.9.26

Une fermeture administrative peut avoir des conséquences économiques lourdes pour un bar, un restaurant ou tout établissement recevant du public : perte de chiffre d'affaires, charges fixes maintenues, image dégradée. Lorsque cette mesure est ensuite reconnue illégale par le juge administratif, l'exploitant n'est pas condamné à supporter seul ce préjudice. Il peut, sous certaines conditions, engager la responsabilité de l'administration et obtenir une indemnisation. Encore faut-il connaître les conditions à réunir et la procédure à suivre.

Les conditions pour engager la responsabilité de l'administration

L'indemnisation d'un préjudice lié à une fermeture administrative repose sur les règles classiques de la responsabilité pour faute de la puissance publique. Trois conditions cumulatives doivent être réunies.

Une illégalité fautive de la mesure de fermeture

La faute résulte, en principe, de l'illégalité de l'arrêté de fermeture. Cette illégalité peut être constatée à l'occasion d'un référé-suspension ou d'un référé-liberté, ou lors d'un recours au fond contre l'arrêté. Un vice de procédure, une motivation insuffisante ou une mesure disproportionnée par rapport aux faits reprochés peuvent ainsi fonder une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ou de la collectivité auteur de la décision.

Un préjudice certain et direct

Le préjudice invoqué doit être réel, actuel et directement lié à la fermeture. Il ne peut s'agir d'un préjudice hypothétique ou d'une simple perte de chance non chiffrable. C'est pourquoi la constitution du dossier indemnitaire suppose, en amont, un travail rigoureux de collecte des éléments comptables et financiers de l'établissement.

Un lien de causalité entre la faute et le préjudice

Enfin, il appartient à l'exploitant de démontrer que le préjudice subi trouve bien sa cause dans la fermeture illégale, et non dans d'autres facteurs (difficultés économiques préexistantes, conjoncture du secteur, travaux de voirie, etc.). L'administration ne manque généralement pas de contester ce lien de causalité, en particulier lorsque l'établissement traversait déjà des difficultés avant la mesure. Une présentation claire et chronologique des résultats de l'établissement, avant et après la fermeture, permet de rendre ce lien plus lisible pour le juge.

Quels préjudices peuvent être indemnisés ?

Plusieurs postes de préjudice peuvent être pris en compte dans l'évaluation du dommage, à condition d'être justifiés par des pièces probantes. La perte d'exploitation constitue le poste principal : elle correspond à la marge commerciale non réalisée pendant la période de fermeture, calculée par comparaison avec le chiffre d'affaires des périodes équivalentes, déduction faite des charges variables non engagées. Les charges fixes maintenues pendant la fermeture sont également prises en compte : loyer commercial, salaires et charges sociales du personnel non licencié, abonnements et assurances, qui continuent de courir alors que l'établissement ne génère plus de recettes. Le préjudice commercial et d'image, lié à la perte de clientèle ou à l'atteinte à la réputation de l'établissement, peut également être invoqué, notamment lorsque la fermeture a fait l'objet d'une communication publique ; ce préjudice, plus difficile à chiffrer, doit être étayé par des éléments concrets, comme une baisse durable de fréquentation après la réouverture. Enfin, les frais engagés pour contester la mesure, tels que les frais d'avocat et de procédure, peuvent être demandés distinctement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le juge administratif procède à une appréciation au cas par cas, en fonction des pièces produites et du lien de causalité établi avec la fermeture.

La procédure pour obtenir réparation

Le recours indemnitaire préalable

Avant toute action contentieuse, une demande préalable d'indemnisation doit être adressée à l'administration concernée (préfecture ou mairie selon l'auteur de l'arrêté). Cette étape est obligatoire : elle fait naître une décision, explicite ou implicite, qui pourra ensuite être contestée devant le juge.

Le recours devant le tribunal administratif

En l'absence de réponse satisfaisante, l'exploitant peut saisir le tribunal administratif d'un recours indemnitaire. Ce recours suppose la production d'un dossier étayé : bilans comptables, comparatifs de chiffre d'affaires sur plusieurs exercices, factures, et le cas échéant une expertise judiciaire ou amiable permettant de chiffrer précisément le préjudice. Le juge appréciera la réalité et le montant du préjudice au vu des pièces produites, ce qui rend la constitution du dossier déterminante pour l'issue du recours.

L'articulation avec la contestation de l'arrêté

Dans la pratique, l'action indemnitaire s'inscrit souvent dans le prolongement d'une contestation de la procédure de fermeture elle-même. Obtenir l'annulation ou la suspension de l'arrêté constitue en effet un préalable utile, sinon nécessaire, pour établir l'illégalité fautive sur laquelle repose la demande d'indemnisation.

Points de vigilance

Plusieurs écueils doivent être anticipés avant d'engager une action indemnitaire. Le délai de prescription, d'abord : la créance indemnitaire contre l'administration se prescrit en principe par quatre ans, en application de la prescription quadriennale applicable aux collectivités publiques, décomptée à partir du 1er janvier de l'année suivant celle au cours de laquelle le préjudice est apparu. La difficulté de chiffrage, ensuite : un dossier insuffisamment documenté expose à une évaluation revue à la baisse, voire à un rejet partiel de la demande, ce qui rend souvent recommandé le recours à une expertise comptable, amiable ou judiciaire. Le risque de partage de responsabilité doit également être pris en compte : si l'exploitant a lui-même commis des manquements ayant contribué à la mesure de fermeture, même si celle-ci est finalement jugée illégale ou disproportionnée, le juge peut réduire le montant de l'indemnisation. Enfin, l'articulation avec les assurances mérite d'être vérifiée en amont : certains contrats de perte d'exploitation peuvent couvrir tout ou partie du préjudice, et il convient de s'assurer des garanties souscrites avant d'engager une action, pour éviter une double indemnisation.

L'accompagnement du Cabinet Sellier

Le Cabinet Sellier, avocat en droit public à Lille, accompagne les exploitants de bars, restaurants et établissements recevant du public confrontés à une fermeture administrative, depuis la contestation de l'arrêté jusqu'à l'éventuelle demande d'indemnisation du préjudice subi. Chaque situation étant particulière, un échange permet d'évaluer les démarches adaptées à votre dossier. N'hésitez pas à prendre contact avec le cabinet pour en discuter.

Erwan Sellier
Avocat associé expert en droit public
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