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Rédiger un mémoire en réclamation efficace pour obtenir une indemnisation

Auteur
Erwan Sellier
Date
7.9.26

Lorsqu'un titulaire de marché public estime avoir subi un préjudice au cours de l'exécution du contrat, sans qu'un accord amiable avec l'acheteur public n'ait pu être trouvé, le mémoire en réclamation constitue l'étape incontournable avant toute action contentieuse. Sa rédaction, loin d'être une simple formalité, conditionne largement les chances d'obtenir une indemnisation, que ce soit à l'amiable ou devant le juge administratif. Un mémoire mal construit peut compromettre une réclamation pourtant bien fondée en droit.

Le mémoire en réclamation, préalable obligatoire à l'indemnisation

Les CCAG imposent au titulaire qui entend contester une décision de l'acheteur ou obtenir réparation d'un préjudice d'adresser un mémoire en réclamation avant de pouvoir saisir le juge. Ce document formalise la demande, en expose les fondements juridiques et chiffre le préjudice allégué. Son absence, ou son irrégularité (défaut de motivation, absence de chiffrage), peut rendre irrecevable un recours contentieux ultérieur devant le tribunal administratif.

La réclamation n'est donc pas une simple étape de courtoisie ou une formalité administrative : c'est une condition de procédure à respecter scrupuleusement, tant dans son contenu que dans ses délais. Une fois le mémoire adressé, l'acheteur public dispose d'un délai pour répondre, fixé par le CCAG applicable. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision implicite de rejet, ouvrant la voie à la saisine du tribunal administratif.

Les délais à ne jamais négliger

Le mémoire en réclamation doit être présenté dans les délais fixés par le CCAG applicable. Ces délais varient selon la nature du différend et le moment où il survient. S'agissant des réclamations formulées au stade du décompte général, le CCAG-Travaux impose par exemple de formuler des réserves dans les quarante-cinq jours suivant la notification du projet de décompte. Pour les réclamations en cours d'exécution, les délais varient selon la nature de l'événement invoqué.

Passés ces délais, le titulaire s'expose à une irrecevabilité de sa demande, même lorsque le bien-fondé du préjudice n'est pas sérieusement contestable. L'identification du CCAG applicable et des délais qu'il prévoit est donc la première vérification à effectuer avant toute démarche.

Les éléments indispensables d'un mémoire efficace

Une présentation rigoureuse des fondements juridiques

Le mémoire doit identifier avec précision le fondement juridique de la demande. Les principaux fondements mobilisables en matière d'exécution des marchés publics sont les suivants :

  • La faute de l'acheteur public : manquement à ses obligations contractuelles (défaut de coordination, retard dans la mise à disposition du site, ordres contradictoires).
  • Les sujétions techniques imprévues : difficultés d'exécution résultant de conditions radicalement différentes de celles prévues au marché (sol, réseaux, matériaux).
  • La théorie de l'imprévision : rupture de l'équilibre économique du contrat due à un événement extérieur imprévisible (CE, 30 mars 1916, Compagnie générale d'éclairage de Bordeaux).
  • Les travaux supplémentaires : prestations réalisées à la demande de l'acheteur ou du maître d'œuvre sans émission d'un avenant.
  • La résiliation à l'initiative de l'acheteur : droit à indemnisation du manque à gagner et des prestations réalisées non réglées.

Chaque fondement obéit à un régime juridique distinct, avec ses propres conditions de recevabilité et d'indemnisation. La confusion entre plusieurs fondements, ou l'invocation d'un fondement inadapté à la situation réelle, affaiblit considérablement la réclamation.

Un chiffrage précis et justifié du préjudice

Une réclamation mal chiffrée, ou reposant sur des estimations approximatives, fragilise considérablement les chances d'aboutir. Le mémoire gagne à s'appuyer sur :

  • Des pièces comptables et factures permettant d'objectiver le surcoût invoqué.
  • Un lien de causalité clairement établi entre l'événement invoqué et le préjudice chiffré.
  • Une décomposition poste par poste du montant réclamé, plutôt qu'une somme globale forfaitaire.
  • Les échanges contemporains avec l'acheteur (courriers, comptes rendus de chantier, ordres de service) attestant de la réalité des difficultés rencontrées.

Une argumentation structurée et complète

Le mémoire doit exposer, de manière ordonnée : la chronologie des faits, les manquements ou aléas invoqués, le fondement juridique de la demande et enfin son chiffrage détaillé. Une argumentation confuse ou incomplète expose le titulaire à un rejet, ou à devoir compléter sa demande dans des délais parfois contraints. La structuration claire du mémoire facilite également la compréhension par l'acheteur, ce qui peut favoriser une résolution amiable plus rapide.

La temporalité de la réclamation par rapport au décompte

Il est important de distinguer les réclamations formulées en cours d'exécution, portant sur un événement ponctuel, de celles présentées au stade du décompte général. Ces dernières doivent être articulées avec les réserves formulées sur le décompte : un chef de préjudice non mentionné dans les réserves ou le mémoire joint au décompte risque d'être irrecevable devant le juge, en raison de l'effet d'intangibilité du décompte général et définitif. Pour en savoir plus, consultez notre article sur le décompte général et définitif.

Anticiper la suite : négociation ou contentieux

La réponse de l'acheteur public au mémoire en réclamation ouvre la voie soit à une négociation amiable, soit, en cas de rejet explicite ou implicite, à la saisine du tribunal administratif. Un mémoire solidement construit dès l'origine facilite grandement la suite de la procédure : les fondements juridiques invoqués et les pièces justificatives rassemblées demeureront les bases du dossier contentieux, sans qu'il soit nécessaire de les reconstituer à ce stade.

Avant de saisir le tribunal administratif, il peut également être opportun de recourir au comité consultatif de règlement amiable des différends (CCRA), dont l'avis, bien que non contraignant, facilite parfois la conclusion d'un accord négocié à des conditions meilleures que celles d'une décision de justice.

Les erreurs qui compromettent une réclamation

Certaines maladresses reviennent fréquemment dans les mémoires en réclamation et affaiblissent inutilement des demandes pourtant fondées :

  • L'attente excessive avant de formaliser la réclamation, alors même que les difficultés étaient connues depuis plusieurs mois — ce qui peut créer un risque de déchéance ou affaiblir la crédibilité du dossier.
  • L'absence de distinction entre les différents postes de préjudice, qui nuit à la lisibilité et à la crédibilité du chiffrage global.
  • Le recours à des formules trop générales, sans identification précise des stipulations contractuelles ou des principes juridiques invoqués.
  • L'omission des pièces justificatives essentielles, renvoyées à une communication ultérieure hypothétique.
  • La confusion entre les fondements : invoquer simultanément la faute de l'acheteur, l'imprévision et les sujétions imprévues sans distinguer ce qui relève de chaque régime brouille l'argumentation et peut fragiliser l'ensemble.

L'accompagnement du Cabinet Sellier

Maître Erwan Sellier accompagne les entreprises dans la rédaction de leur mémoire en réclamation, depuis l'identification des fondements juridiques mobilisables jusqu'au chiffrage du préjudice, ainsi que dans la phase contentieuse si nécessaire. Cet accompagnement s'inscrit dans le cadre plus large de la gestion des difficultés d'exécution du marché public et, le cas échéant, du contentieux des marchés publics.

Pour évaluer les chances de succès d'une réclamation ou pour être accompagné dans sa rédaction, contactez le cabinet.

Erwan Sellier
Avocat associé expert en droit public
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