
L'article R. 2112-13 du code de la commande publique (CCP) pose une obligation claire : tout marché dont la durée d'exécution est supérieure à un an et dont l'exécution nécessite le recours à une part importante de fournitures dont le prix est directement affecté par les fluctuations de cours mondiaux doit comporter une clause de révision des prix.
L'article R. 2112-14 du CCP étend cette obligation aux marchés dont la réalisation expose le titulaire à des variations économiques importantes sur la durée du contrat. En pratique, les marchés de travaux, de services réguliers (nettoyage, gardiennage, transports) ou de fournitures industrielles sont concernés dès lors que leur durée dépasse un an.
Les CCAG prévoient eux-mêmes des modalités de révision. Le CCAG-Travaux (arrêté du 30 mars 2021) prévoit en son article 10.2 une révision de prix par application d'une formule paramétrique. Le CCAG-FCS et le CCAG-PI contiennent des dispositions équivalentes. Ces clauses s'appliquent de plein droit sauf disposition contraire du CCAP.
Pour les acheteurs publics qui souhaitent sécuriser la rédaction de leurs marchés dès la phase de lancement, le Cabinet Sellier propose un accompagnement dédié : Lancer un marché public.
La formule classique de révision des prix est la suivante :
P = P0 × (I / I0)
Les indices sont publiés par l'INSEE et accessibles gratuitement sur son site. Selon la nature du marché, on utilisera :
Le choix de l'indice est déterminant et s'apprécie au regard de la nature réelle de la prestation. Une erreur sur ce point fausse tous les calculs sur toute la durée du marché.
La révision s'applique selon le calendrier fixé par le marché : date anniversaire du contrat, date de début d'exécution de chaque tranche, ou date de facturation périodique. Attendre la dernière facture — pire, le décompte général et définitif — pour y penser, c'est quasi systématiquement trop tard. Le juge administratif a en effet consacré l'intangibilité du décompte une fois établi, y compris tacitement.
L'indice de référence initial (I0) doit être celui du mois expressément prévu au marché — souvent le mois précédant la date limite de remise des offres, ou le mois de notification selon les stipulations du CCAP. Retenir la valeur de l'indice au mois de signature du contrat constitue une erreur fréquente qui sous-évalue ou surestime la révision selon l'évolution des indices.
Un marché de travaux de génie civil ne se révise pas avec l'indice BT bâtiment général, et une prestation d'entretien des espaces verts ne se révise pas avec l'indice ICT. Le CCAP doit désigner précisément l'indice (numéro, intitulé, publication INSEE) pour éviter tout litige ultérieur sur ce point.
Les entreprises qui souhaitent sécuriser leur réponse à une consultation peuvent consulter la page Répondre à un marché public.
CAA Bordeaux, 4e chambre, 30 juin 2026, n° 24BX00309
Dans cette affaire de travaux publics, une entreprise titulaire d'un marché à prix ferme sans clause d'actualisation tentait, lors de l'établissement du décompte final, de réclamer une révision de prix et une modification de son bordereau de prix unitaires (BPU) et de sa décomposition du prix global et forfaitaire (DPGF).
La cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté sa demande en rappelant un principe fondamental : le décompte général et définitif (DGD), une fois établi — y compris de manière tacite — gèle définitivement les droits et obligations financières des parties. Passé ce stade, aucune réclamation portant sur le prix, la révision ou la modification des éléments de décomposition du prix ne peut prospérer.
Pour les entreprises, toute demande relative à la révision des prix doit être formulée avant la clôture du décompte final, et de préférence dès l'apparition des surcoûts. Ne pas agir en temps utile, c'est perdre définitivement ses droits.
Pour en savoir plus sur les règles relatives au décompte général et définitif, consultez notre article dédié : Le décompte général et définitif (DGD) : procédure, délais et effet d'intangibilité.
Le Cabinet Sellier intervient en gestion des difficultés d'exécution des marchés publics, notamment sur les questions de décompte, de réclamations indemnitaires et de révision des prix.
CE, 15 juillet 2025, n° 494073
Dans cette affaire, une société avait conclu avec FranceAgriMer deux marchés de fourniture de thon d'une durée supérieure à trois mois, sans clause de révision des prix. Confrontée à une hausse massive des cours mondiaux (de 1 000 à 1 800 €/tonne), la société avait partiellement cessé ses livraisons. L'administration avait appliqué des pénalités contractuelles.
Le Conseil d'État a jugé que l'absence de clause de révision constitue bien une illégalité (désormais art. R. 2112-13 et R. 2112-14 du CCP). Mais il a précisé que cette illégalité ne constitue pas un vice d'une particulière gravité, et qu'elle n'entache pas d'illicéité le contenu du contrat :
« Toutefois, cette illégalité ne constitue pas un vice d'une particulière gravité ni n'entache d'illicéité le contenu de ces contrats. Dès lors, l'illégalité dont ces derniers sont entachés n'est pas de nature à justifier qu'ils soient écartés, ni à faire obstacle à ce que le litige soit réglé sur le terrain contractuel. »
L'absence de clause de révision des prix peut-elle justifier un référé précontractuel pour faire annuler la consultation ? La réponse est non. Cette omission porte sur l'exécution future du contrat, pas sur les conditions de mise en concurrence. Le juge du référé précontractuel, qui contrôle exclusivement les manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence (article L. 551-1 du code de justice administrative), n'a pas compétence pour en connaître.
Pour en savoir plus sur le périmètre du référé précontractuel, consultez notre page dédiée : Référé précontractuel, ainsi que notre article Erreur sur la méthode de notation des offres : un manquement sanctionnable en référé précontractuel.
Bien que le Conseil d'État ait refusé d'annuler les pénalités, il les a réduites de 50 % : l'acheteur avait contribué à placer le titulaire en situation de défaillance en refusant toute adaptation contractuelle alors que le marché aurait dû comporter une clause de révision. L'acheteur public qui omet cette clause s'expose donc à une modération de ses pénalités en cas de litige.
La révision des prix est un enjeu financier souvent sous-estimé, qui peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros sur des marchés pluriannuels. Me Erwan Sellier, avocat au barreau de Lille, intervient exclusivement en droit des marchés publics — passation, exécution et contentieux — pour les collectivités territoriales et les entreprises partout en France.
Prendre rendez-vous · Contacter le cabinet
