
Lorsqu'un acheteur public décide de mettre fin à un marché en cours d'exécution sans qu'aucune faute ne soit imputable au titulaire, il agit le plus souvent sur le fondement de la résiliation pour motif d'intérêt général. Cette prérogative, propre aux contrats administratifs, permet à la personne publique d'interrompre l'exécution du marché à tout moment, mais elle a pour contrepartie une indemnisation intégrale du préjudice subi par l'entreprise évincée. Comprendre les conditions de cette résiliation et les modalités de calcul de l'indemnité est essentiel pour faire valoir ses droits.
La résiliation pour motif d'intérêt général est une prérogative exorbitante du droit commun reconnue à toute personne publique, même en l'absence de clause du contrat le prévoyant expressément. Elle traduit le principe selon lequel l'administration doit pouvoir, à tout moment, adapter ou mettre fin à ses engagements contractuels lorsque l'intérêt général l'exige.
Si l'acheteur public dispose d'une grande latitude pour justifier sa décision, celle-ci ne peut pas être arbitraire. Les motifs les plus fréquemment invoqués sont :
Le juge administratif exerce un contrôle restreint sur l'existence du motif d'intérêt général, mais il sanctionne le détournement de pouvoir, c'est-à-dire l'utilisation de cette prérogative pour des raisons étrangères à l'intérêt du service, par exemple pour contourner les règles de la passation d'un nouveau marché public ou pour sanctionner indirectement le titulaire sans suivre la procédure contradictoire propre à la résiliation pour faute.
La décision de résiliation doit être notifiée par écrit et motivée, dans les conditions fixées par le contrat et par le Cahier des Clauses Administratives Générales applicable. Un défaut de motivation ou une notification irrégulière peut ouvrir droit à une indemnisation complémentaire, indépendante de celle due au titre de la résiliation elle-même.
À la différence de la résiliation pour faute, la résiliation pour motif d'intérêt général ouvre droit, pour le titulaire, à une indemnisation qui doit couvrir l'intégralité du préjudice directement lié à l'arrêt anticipé du marché.
L'indemnisation porte classiquement sur :
En revanche, les dépenses qui ont trouvé leur contrepartie dans l'exécution partielle du marché, ou qui pourraient être réemployées sur d'autres chantiers, ne sont en principe pas indemnisées.
La détermination du montant de l'indemnisation s'opère le plus souvent dans le cadre du décompte général et définitif du marché, ou par une réclamation spécifique lorsque le contrat le prévoit. La charge de la preuve du préjudice pèse sur le titulaire, ce qui suppose une reconstitution précise et documentée des coûts engagés et de la marge escomptée, généralement étayée par une expertise comptable.
Deux situations distinctes peuvent justifier un recours contentieux. D'une part, le titulaire peut contester la légalité même de la décision de résiliation, notamment en cas de détournement de pouvoir ou de vice de procédure, et solliciter, selon les cas, l'annulation de la mesure ou une indemnisation aggravée. D'autre part, et le plus fréquemment, le litige porte sur le montant de l'indemnisation proposée par l'acheteur public, jugée insuffisante au regard du préjudice réellement subi. Dans cette hypothèse, le titulaire peut engager un mémoire en réclamation puis, à défaut d'accord, saisir le tribunal administratif d'un recours indemnitaire.
Ces contentieux exigent une analyse rigoureuse du contrat, du CCAG applicable et de la réalité économique du préjudice, afin de présenter une évaluation crédible et documentée devant le juge.
Maître Erwan Sellier assiste les entreprises confrontées à une résiliation de marché public pour motif d'intérêt général, tant dans l'analyse de la légalité de la décision que dans la construction et la défense de leur demande d'indemnisation. Le cabinet intervient dans le cadre de la gestion des difficultés d'exécution des marchés publics et du contentieux des marchés publics. Pour toute question sur votre situation, contactez le cabinet.
